Golf et dopage

Golf et dopage : les premiers pas vers une politique de prévention
et de lutte contre le dopage ?
O. Rouillon, Commission Médicale de la FFG, médecin de la ligue Ile-de-France



Ces derniers mois, 2 magazines de golf viennent de donner, dans leurs colonnes, une place plus ou moins importante à l’analyse de la problématique du dopage dans le golf.


Le « Journal du golf », dans son numéro de mars 2006 consacre un encart à ce problème, sous la plume de Nicolas Jeanneau. Des déclarations « o­n » ou « off » de joueurs professionnels sont retranscrites, mettant en doute l’adage selon lequel le golf serait un sport totalement « propre ». de plus, des propos de Peter Dawson, secrétaire du Royal and Ancient, semblent indiquer que cette institution a le projet d’une politique de dépistage du dopage, calquée sur les règlements de l’Agence Mondiale Anti-dopage (AMA ou WADA pour les anglo-saxons). Il souligne toutefois, que ce projet doit recueillir l’approbation des différentes instances professionnelles et amateurs, ce qui risque d’en retarder considérablement la mise en œuvre.


Pour sa part, « Golf Digest », dans sa livraison de février 2006, analyse, au travers d’un dossier de plusieurs pages, la problématique des stéroïdes anabolisants sous le titre : « Stéroïdes : une menace réelle ? » (Matthew Rudy). Résumons les éléments les plus importants de ce dossier :

•     Il n’existe aucun cas de contrôle anti-dopage positif aux stéroïdes anabolisants sur l’ensemble des circuits professionnels
.
•     Aucun circuit professionnel ou autre organisation ne possède actuellement de règlement spécifique concernant l’usage de produits dopants.

•     Il n’existe pas, à ce jour, de contrôles anti-dopage dans le golf et à fortiori de contrôles inopinés, en dehors du territoire français.

•     Toutes les composantes de la puissance peuvent être améliorées par l’usage des stéroïdes, ce qui peut présenter un intérêt en termes de longueur (surtout au drive).

•     Un gain de 10 % de la vitesse de passage de la tête du club à l’impact entraînerait une amélioration de la longueur au drive de 20 mètres chez les joueurs professionnels et de 15 mètres chez les joueuses professionnelles. Or, les médecins possédant une expertise sur l’usage des stéroïdes anabolisants considèrent qu’un gain de 10 % est, dans ce cadre, parfaitement réaliste chez des joueurs (joueuses) bien entraînés physiquement, et utilisant ce type de produit.

•     L’usage des stéroïdes permet également un gain appréciable en termes de charge d’entraînement, de facilité de récupération et de retour plus rapide au jeu après blessure (musculaire par exemple).

•     L’utilisation surveillée et correctement planifiée des stéroïdes, sous forme de crème de testostérone à faible dose, n’entraîne pas d’effets indésirables majeurs, à la différence des produits utilisés il y a quelques années.

•     Il existerait de nouvelles « versions » des stéroïdes indécelables lors des contrôles.

•     Certains compléments nutritionnels contiendraient de ces stéroïdes nouvelle « version ».

•     En 2004, 384 golfeurs universitaires o­nt été contrôlés aux USA, selon le programme de la NCAA, 7 étant déclarés positifs (sans que soit précisé le produit en cause).

•     Les stéroïdes o­nt un effet positif accru chez les femmes par rapport aux hommes.

•     Les représentants de l’USPGA se disent prêts à mettre en place des contrôles, s’ils o­nt la preuve de l’usage des stéroïdes par les joueurs, ce qui semble difficile en l’absence des dits contrôles .

•     Les représentants de la LPGA affirment qu’ils n’ont aucune preuve de l’utilisation de produits dopants par les joueuses, ni preuves que ces produits puissent compromettre l’intégrité sportives des compétitions.


La lecture de ce long dossier appelle un certain nombre de remarques :

•     Soit les responsables des instances golfiques anglo-saxonnes sont de grands naifs, soit ils sont très mal informés sur l’utilisation des stéroïdes et leurs effets sur la performance.

•     L’utilisation séquencée et médicalement programmée des stéroïdes à faible dose (testostérone ou nouvelle génération type THG) est très difficile à démontrer aux travers des contrôles.

•     L’utilisation de compléments (ou suppléments) nutritionnels fait courir aux sportifs le risque d’une absorption involontaire (ou pas) de stéroïdes, dans la mesure ou leur composition n’est pas fiable (voir sur le site web de la ligue Ile de France de golf « Le danger des suppléments alimentaires » : rubrique Golf et Santé, sous rubrique Anti-Dopage)


En conclusion, il serait souhaitable que la France ne soit plus le seul pays où les contrôles anti-dopage sont pratiqués dans le golf. Pour cela, la mise en œuvre d’une véritable politique de prévention et de lutte contre le dopage dans notre sport est indispensable. Ce n’est qu’à ce prix, que nous pourrons affirmer ou infirmer l’adage selon lequel le golf est un sport propre.

Mais les obstacles, représentés par les enjeux financiers et le poids des traditionalistes, doivent être levés. L’une des possibilités pour qu’une telle politique voit le jour, réside dans la volonté du législateur américain d’imposer des contrôles dans tous les sports majeurs aux USA, suite aux problèmes rencontrés dans le monde du baseball professionnel. Toutefois, il faudra que le règlement adopté reprenne la totalité des éléments proposés par l’Agence Mondiale Anti-dopage et le Comité International Olympique, car sans cela, nous assisterons à la mise en place de contrôles partiels, à l’image de ce qui se pratique dans la ligue professionnelle de Basket-ball (NBA). En effet, n’y sont recherchés que les produits considérés comme des drogues (cocaïne, héroïne), et pas les stéroïdes anabolisants. Cette attitude représente une autre forme d’autisme en matière de politique de prévention et de lutte contre le dopage.




Cet article provient de Ligue Golf Ile-de-France
http://www.liguegolfidf.com/